Trois voix à la conquête du sommet du sport français


David Douillet, Isabelle Lamour et Denis Masseglia, par ordre alphabétique, briguent, ce jeudi, la présidence du CNOSF. Un enjeu de taille avec des perspectives olympiques.

CNOSF. Cinq lettres, une longue histoire pour le représentant du Comité International Olympique en France, un futur à écrire. Le Comité National Olympique et Sportif Français rassemble 16 millions de licenciés, 2 millions de bénévoles, 175000 clubs. Mais le mastodonte est divisé. Il y a quatre ans, il n’y avait qu’un candidat à la présidence. Ils sont trois cette fois à se disputer la tête du mouvement sportif bleu-blanc-rouge : Denis Masseglia, en place depuis mai 2009, Isabelle Lamour (présidente de la Fédération française d’escrime depuis mars 2013) et David Douillet (double champion olympique de judo, député des Yvelines). Pour prendre la tête d’une pieuvre posée à un carrefour. Celui de l’air du temps (la pratique est devenue plus volatile, moins attachée à un club) et d’une nouvelle ère, celle de la modernité (et de l’indispensable adaptation technologique). Sans oublier, l’impact de la diplomatie et de la stratégie car la France qui brigue les Jeux olympiques se doit de peser sur l’échiquier international (et contribuer à la défense de la langue française), ni la perpétuelle et cruciale quête de partenaires. L’élection se tiendra lors de l’Assemblée générale du CNOSF, le 11 mai. Soit quatre jours après l’élection présidentielle. Et trois jours avant la visite, à Paris, de la commission d’évaluation du Comité International Olympique, rendez-vous de taille dans le cadre de la course d’obstacles menant à l’obtention des JO 2024.

Les candidats ne manquent pas de points communs. Ils sont acteurs du sport français depuis longtemps. Ils ont porté le maillot des équipes de France. Celui de l’escrime (Isabelle Lamour), de l’aviron (Denis Masseglia) et du judo (David Douillet). Avant de se faufiler en coulisses pour tirer les ficelles. Ils connaissent la force et sondent les faiblesses du mouvement sportif français. Ils veulent l’endurcir, le réveiller ou le moderniser. Ils défendent l’excellence française, celle qui brille au tableau des médailles et dans les arcanes du sport mondial par la personnalité, l’éducation et le savoir-faire d’acteurs qui perpétuent une longue tradition. Enfin, ils appellent de leurs vœux les Jeux olympiques à Paris. En 2024. La campagne, à fleurets mouchetés, empreinte de respect (à la différence notable de ce qui s’est récemment passé au sein de certaines fédérations nationales, comme le football, le tennis ou le rugby) a été ponctuée par un grand oral, le 25 avril. Trois heures durant, David Douillet, Isabelle Lamour et Denis Masseglia ont successivement présenté leur programme avant de répondre à des questions selon un protocole respectant un strict équilibre. Sur scène, puis en conférence de presse, les personnalités et les différences se sont dévoilées. Gros plan sur des candidats présentés par ordre alphabétique.

David Douillet, le poids lourd outsider

Le double champion olympique de judo (à Atlanta en 1996, puis Sydney en 2000), David Douillet (49 ans), aujourd’hui député est un homme de défis. Son slogan : « Enfant du modèle sportif français, je veux le meilleur pour le sport français. » Au sujet de son entrée dans la course, il résume : « On m’a déconseillé de me lancer, on m’a dit « tu n’as rien à gagner, tu as raison trop tôt » mais c’est maintenant qu’il faut agir. » Son programme, audacieux, novateur (avec une volonté affirmée de bouleverser les habitudes, notamment en « pesant dans la sphère politique ») s’articule autour de 21 engagements. De la gouvernance « exemplaire et efficace dans son action impliquant de manière inédite toutes les fédérations » à l’action « faire du mouvement sportif un acteur incontournable des politiques de la santé, de l’éducation, de la cohésion sociale et du tourisme. » En passant par l’autonomie du mouvement sportif pour « lui garantir un financement stable et pérenne et le fédérer au sein d’une cité du sport. » L’ancien ministre des sports (septembre 2011-mai 2012) assure. Ferme. Déterminé : « Je ne suis pas là contre telle ou telle personne, je suis là pour un projet. Je suis pour changer de braquet. Le CNOSF, tel qu’il a été géré, a été bien géré parce qu’il est dimensionné de cette manière mais il faut qu’on le redimensionne autrement, qu’on le gère autrement. L’heure est grave. L’Etat se désengage, quel que soit le gouvernement. Les régions sont complètement bousculées, chamboulées. On manque de 31.000 infrastructures en France pour répondre à la demande de nos associations. Ce projet, c’est pour le développement du sport français. » Il porte le costume d’outsider et pourrait pâtir du poids d’une ambition multiple, lui qui ne s’est pas encore prononcé sur le cumul des mandats et s’est également déclaré candidat à la présidence de Solideo (la structure qui serait chargée de la livraison des équipements si Paris obtenait les Jeux).

Isabelle Lamour, l’audace d’une touche féminine

A 52 ans, l’épouse de Jean-François Lamour (double champion olympique d’escrime), dentiste, est la seule femme à diriger une fédération sportive française (elle était même la seule candidate à la présidence de l’une des 36 fédérations olympiques tricolores). Membre du Comité d’administration du CNOSF depuis mai 2013, elle a passé 10 ans en équipe de France d’escrime et participé aux JO de Séoul et de Barcelone. Sous son mandat, l’escrime, après le zéro pointé des JO de Londres, a brillamment relevé la tête lors des Jeux de Rio de Janeiro en août dernier (3 médailles, dont 1 titre). Son crédo : « Donner un souffle nouveau au sport français ». Les grandes lignes de son programme : « Garantir l’unité du mouvement sportif par une organisation repensée,  instaurer une relation « gagnant-gagnant avec les pouvoirs publics ». La genèse de son projet repose sur la volonté de faire bouger les lignes : « On était un groupe issu des fédérations olympiques et sport de combat à râler, à voir un certain nombre de dysfonctionnements, on trouvait que ça manquait de pragmatisme, de liens avec le terrain. Ce petit groupe s’est élargi. Cela a duré un an et demi, deux ans, le projet il est collaboratif, issu de nos réflexions, de nos remarques. Je ne mets pas en cause l’intégrité ou la compétence de qui que ce soit, c’est un fonctionnement qui aujourd’hui n’est plus en phase avec le fonctionnement du sport français. On prône l’ultra démocratie. Il faut des changements (…) C’est à mon sens plutôt moderne de voter pour une femme. » Isabelle Lamour semble armée pour créer la surprise et faire de l’ombre à Denis Masseglia. « Si, comme le disait Coubertin, vous voulez aller loin, parler franc et agir ferme, je suis votre femme. » Habitués à la continuité, les votants oseront-ils le pari de la nouveauté ?

043756-01-02

Denis Masseglia, le dernier combat

Il est le maître des lieux. Membre du CNOSF depuis 1993 (tour à tour, vice-président, secrétaire général et membre du bureau exécutif), celui qui fut longtemps président de la fédération française d’aviron a succédé à Henri Sérandour à la tête du mouvement sportif en 2009. A 69 ans, il frôle l’âge limite. Professeur agrégé de sciences physiques à la retraite, le Marseillais vise un troisième et dernier mandat. Celui qui pourrait lui offrir de surfer sur l’organisation des JO. Son leitmotiv, s’adapter et relever les défis : ceux de la performance sportive, du mode de consommation (« une forme d’Ubérisation des pratiques sportives ») et du financement. Ses atouts majeurs, son bilan, sa parfaite connaissance du milieu, ses appuis. Il ne redoute pas le « dégagisme » très à la mode et assure : « celui qui a bâti a un avantage et peut bénéficier d’une certaine forme de confiance par rapport à d’autres qui n’ont pas eu la chance de bâtir. Les enjeux liés à la candidature olympique tiennent surtout à l’héritage de cette candidature. Un nouveau gouvernement va arriver, beaucoup de choses se télescopent dans une actualité où la connaissance des dossiers me semble être un atout par rapport à la manière avec laquelle on va pouvoir demain être le plus opérationnel possible. Il n’y a pas que des inconvénients dans le fait d’être là. » Son vœu : « couronner la philosophie et l’engagement de toute une vie. »

Vote, mode d’emploi

Le mandat du président du CNOSF est de 4 ans. Les votants sont les 89 fédérations affiliées (dont 36 olympiques) plus 12 fédérations associées auxquelles s’adjoignent les 2 membres français du CIO (Guy Drut et Tony Estanguet) et les 2 co-présidents de la Commission des athlètes de haut niveau (Gwladys Epangue, médaillée olympique en taekwondo à Pékin et Fabien Gilot, triple médaillé olympique en natation à Pékin, Londres et Rio). « Il y 1000 voix qui s’expriment à travers 105 votants. Les délégués sont porteurs d’un nombre de voix en fonction de leur appartenance ou non au collège des fédérations olympiques et en fonction du nombre de clubs affiliés et du nombre de licenciés », résume Isabelle Lamour.

(Visited 6 times, 1 visits today)





Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *