Se baigner dans la Seine : rêve ou réalité?


La mairie de Paris espère rendre le fleuve propre à la baignade avant les Jeux olympiques de 2024. Un projet colossal qui pourrait coûter jusqu’à 800 millions d’euros.

«Dans cinq ans, on pourra à nouveau se baigner dans la Seine. Et je serai le premier à le faire». Cette promesse, formulée par Jacques Chirac lorsqu’il était maire de Paris en 1988, n’a jamais été tenue. Bertrand Delanoë, lui, a préféré mettre en place des piscines… sur la Seine. «C’est un endroit qui sert au transport de marchandises, de passagers. Donc on ne peut pas se baigner dans la Seine et je me suis bien gardé de le promettre», justifiait-il en 2004. Car tremper ses pieds dans le fleuve francilien est officiellement interdit depuis 1923 et punit d’une amende de 15 euros.

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Objectif 2024

Mais depuis plus d’un an, Anne Hidalgo a ressorti le projet des cartons. Avec en ligne de mire, la candidature de Paris pour les Jeux olympiques de 2024. En effet, toute ville hôte se doit d’avoir un bassin naturel en extérieur pour les épreuves de triathlon et de nage en eau libre. Qui plus est, ce plan d’eau doit respecter des standards de qualité, ce qui n’était pas le cas à Rio de Janeiro, en 2016: plusieurs athlètes étaient tombés malades après s’y être baignés. Rejet des eaux usées des bateaux et des stations d’épuration, mauvais branchements, raccordements obsolètes: un chantier à l’allure pharaonique attend la capitale pour permettre à tout le monde de piquer une tête dans la Seine d’ici sept ans maximum.

À la mairie de Paris, une chose est sûre: «On a mis le doigt sur ce problème bien avant que la question des Jeux olympiques ne se pose», affirme Célia Blauel, adjointe chargée de l’environnement et de la politique de l’eau. Pour mener à bien le projet, un «comité Seine» a été créé, réunissant l’État, l’Agence de l’eau, les élus de Paris mais aussi des territoires en amont. «Se concentrer uniquement sur la capitale n’avait pas de sens. Il fallait élargir à toute l’agglomération: l’eau ne connaît pas les frontières administratives», note l’élue. Selon elle, la qualité de l’eau dans la Seine «s’est considérablement améliorée depuis trente ans». «Dans les années 70, il n’y avait plus que deux espèces de poissons dans la Seine. Aujourd’hui, on en compte 24 et plus d’une trentaine intra-muros», explique-t-elle.

Infections

Néanmoins, le constat est accablant: «Vous risquez à minima une belle gastro si vous buvez trop la tasse», avoue-t-elle à demi-mot. L’élue détaille: «le fleuve est victime d’une pollution aux Escherichia coli, des entérocoques intestinaux. Ces polluants sont marqueurs de matières fécales». Plusieurs rapports vont dans ce sens. Comme le «Plan d’actions stratégiques 2016-2018 pour la politique de l’eau, de la nature et des paysages», qui constate que la Seine, après avoir connu dans les années 70 la «pire qualité de ses eaux» depuis le 19e siècle, enregistre désormais une «amélioration».

En guise de premier test, Paris a ouvert le 17 juillet dernier un premier site de baignade dans le bassin de la Villette, au niveau du quai de Loire (XIXe). Pour s’assurer de la qualité de l’eau, la ville a mis en place neuf points de contrôle quotidiens le long du bassin et du canal de l’Ourcq. Et si les analyses indiquent depuis deux ans que l’on peut se baigner sans danger pour la santé, le plan d’eau a été fermé le 24 juillet en raison «d’un taux supérieur aux normes de la bactérie entérocoque», avant de rouvrir.

• Les bateaux

Pour rendre la Seine baignable, la mairie envisage quatre axes de travail autour d’un projet colossal qui pourrait coûter jusqu’à 800 millions d’euros, selon plusieurs sources au Figaro. D’abord, les bateaux. De nombreuses péniches et établissements flottants naviguent chaque jour sur la Seine, que ce soit pour le commerce, le tourisme, les loisirs ou pour y habiter. Or, ces derniers recrachent leurs eaux usées dans le fleuve, augmentant le taux de pollution aux matières fécales. «Les bateaux de loisirs et de tourisme commencent à respecter ces règles, sinon leur licence n’est pas renouvelée», note Célia Blauel. «En revanche, pour les logements, nous étudions tous les scénarios possibles. On pense notamment à une collecte bateau par bateau, ou à la création de points de raccord aux égouts», ajoute-t-elle.

• Stations d’épuration

Le second chantier porte sur les stations d’épurations. «Elles traitent l’eau et la rejettent ensuite en milieu naturel. Mais les résidus qui empêchent la baignade aujourd’hui (les entérocoques, NDLR) ne sont pas traités», constate Célia Blauel. Pour pallier ce manquement, la ville de Paris souhaite équiper les stations de filtres ultraviolets (UV). «L’eau passe dedans et cela traite la pollution aux entérocoques. C’est une technologie assez connue et efficace», juge l’élue. Les stations de Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine) et d’Épinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis) devraient en être prochainement équipées.

• Les déversoirs d’orage

Le troisième axe de travail porte sur les eaux de pluie. À Paris, le réseau d’égouts est composé de plus de 2000 kilomètres de galeries sous terre. Et lorsqu’il pleut très fort, le système peut être saturé. Pour tenter d’y remédier, sont placés un peu partout des déversoirs d’orage. Ces ouvrages permettent de stocker une partie des eaux. «Mais en cas de gros orage, ils débordent et l’eau est déversée en milieu naturel», raconte Célia Blauel. L’objectif donc ici d’intégrer de nouveaux déversoirs d’orage, afin de garder l’eau dans ces réseaux «sans qu’ils débordent».

L’élue pointe également du doigt l’importance de «concevoir l’espace public différemment», en adoptant à Paris le zonage pluvial. Il s’agit ainsi d’éviter d’imperméabiliser les sols en préférant un écoulement naturel, absorbé par la végétation. Cela permet ainsi d’empêcher que la pluie ne se déverse directement dans les caniveaux. «Il faut sortir de la logique de bétonnage et intégrer la végétalisation», clame l’édile, qui déplore une vraie «résistance culturelle» de la part de certains élus.

• Les mauvais branchements

Enfin vient le problème dit des «mauvais branchements». Autour de Paris, principalement dans le Val-de-Marne, les habitations sont dotées d’un réseau séparatiste: les eaux usées des logements s’évacuent vers les stations d’épurations et les eaux de pluies en milieu naturel. «À force de transformations, de mauvais branchements ont été effectués et l’eau a été contaminée à certains endroits», indique l’adjointe. La solution réside en la mise en place d’aides financières afin «d’aider chaque particulier à faire un diagnostic pour se remettre aux normes», confie-t-elle. Et d’ajouter: «Un gros soutien de l’État est attendu pour aider les particuliers à payer ces travaux».

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