Quelles précautions prendre avant une randonnée en montagne ? 


Même en été, la montagne reste un milieu hostile. A pied ou en raquette, il existe des risques d’accidents qui imposent de respecter quelques règles pour toute sortie…

Si les vacanciers s’inquiètent surtout des risques d’accidents liés aux sports de glisse, il en existe aussi à pied ou en raquettes. «La montagne est un milieu hostile, été ou hiver, et les capacités d’adaptation de l’organisme, limitées», souligne avec force le Dr Marie-Anne Magnan, médecin de montagne à l’École nationale des sports de montagne (ENSM) de Chamonix. «Lors d’une exposition à un froid intense avec des vêtements inadaptés, le corps vise le maintien d’une température voisine de 37°C au niveau des organes vitaux (tête et tronc). Au niveau des bras et jambes, il se produit un effet tampon: la température des mains et des pieds baisse progressivement et l’on peut ressentir un froid intense au niveau des doigts et/ou des orteils. Le retour à la chaleur est souvent très douloureux: c’est l’onglée.

En dernier recours, l’organisme peut sacrifier les extrémités (mains et pieds): surviennent alors des gelures dont l’issue peut être l’amputation. Ce phénomène est insidieux car une fois la gelure installée, la douleur disparaît. C’est l’absence de douleur après un froid intense qui doit alerter! Un bain d’eau chaude à 38°C pendant une heure, et une extraction du milieu froid pour éviter toute réexposition, s’impose. En prévention, avoir un équipement adapté et protéger la tête et le visage au même titre que le reste du corps (bonnet, cache-nez, foulard, gants, etc.) est donc essentiel!»

Partir avec une carte précise et anticiper le retour

Même sans rencontrer ces situation liées à l’exposition au froid, certaines personnes peuvent être sujettes à des malaises – fatigue, déshydratation, légère hypoglycémie voire souci cardiaque -le manque d’entraînement et la méconnaissance du milieu aggravant ces risques. «Or, les coups de pompe favorisent les chutes et les traumatismes. Et en raison de l’environnement particulier qu’est la montagne et d’une météo souvent changeante, les secours peuvent parfois rencontrer des difficultés pour se rendre sur site. Il arrive donc qu’un petit incident se transforme en drame», rappelle le Dr Magnan. Pour toutes ces raisons, même une sortie en raquettes demande des précautions: «s’assurer que les conditions météorologiques sont favorables en sachant qu’elles peuvent changer dans la demi-heure et vérifier que le chemin choisi n’est pas signalé comme à risque d’avalanche ou de glissade du fait d’un sol gelé», insiste le Dr Magnan.

Évaluer le temps nécessaire pour atteindre son objectif, partir avec une carte précise et anticiper le retour pour rentrer avant la nuit. Même paré contre le froid avec des vêtements adaptés, mieux vaut avoir une bouteille thermos avec une boisson sucrée chaude sans alcool, des fruits secs, des pâtes de fruits ou des barres de céréales, un téléphone portable rechargé et le téléchargement d’une application (type iPhiGéNie) permettant aux secours d’être plus facilement retrouvé grâce aux coordonnées GPS (les numéros d’urgence étant le 112 en Europe, le 144 en Suisse), sans oublier une petite lampe frontale.

Pour les sorties en montagne enneigée (ski, raquette, alpinisme), après avoir estimé les risques météorologiques, il est recommandé d’être équipé d’un détecteur de victime en avalanche (DVA), d’une pelle à neige et d’une sonde et bien évidemment de savoir utiliser ce matériel car passées quinze à vingt minutes d’ensevelissement sous la neige, les chances de survie sont considérablement réduites. «Si vous ne connaissez pas ces techniques, il vaut mieux prendre les services d’un professionnel de la montagne», insiste la spécialiste. Enfin, il faut garder à l’esprit que la raquette à neige n’est pas adaptée aux pentes raides: une glissade pourrait être fatale.

Si le froid et les efforts inhabituels peuvent jouer des tours à tous, c’est encore pire chez ceux qui se croient à tort en bonne santé. «Ne se sachant pas cardiaques, ils vont fournir des efforts très soutenus et risquent un malaise, rarement, mais parfois fatal», alerte le Dr Jean-Louis Bussière, cardiologue à Paris et membre du Groupe exercice réadaptation sport de la Société française de cardiologie. «Selon le réseau de surveillance Nord Alpin des Urgences, c’est la seconde cause des interventions médicales en montagne

Il faut écouter son corps

La majorité des arrêts cardiaques se produit au cours des deux premiers jours – plutôt le matin – favorisés par le vent, le froid, le manque d’entraînement et les efforts prolongés. La plupart des accidents et des infarctus sont précédés de signes précurseurs: douleur ou gêne dans la poitrine, palpitations, essoufflement inhabituel à la marche (surtout chez les femmes).

De plus, les principaux concernés ont souvent un ou plusieurs facteurs de risque bien connus, mais parfois négligés. C’est dire combien il faut écouter son corps et savoir raison garder: même si le séjour est court, même si le beau temps ne va pas durer, il est hors de question de se donner d’emblée à fond.

En outre, il faut consulter dès le premier signe d’alerte même si cela n’a duré que quelques minutes, car une rupture de plaque d’athérome dans une artère peut conduire à un infarctus plusieurs jours après à l’occasion d’un nouvel effort. Bien sûr, si les symptômes persistent et en cas de malaise, il faut appeler la permanence du Samu et le centre 15.


Soleil  et altitude

Le soleil est un danger parfois sous-estimé. La proportion d’ultraviolets augmente  de 10 % tous les 1 000 m, sans compter que la réverbération des rayons sur la neige peut atteindre 85 %. Les risques  de brûlure sont ainsi loin d’être négligeables.  Donc crème solaire et lunettes, de catégorie 4  sous peine d’ophtalmie des neiges. Alors qu’en dessous  de 2.500 m (cas des stations en France), l’altitude n’est pas un problème pour qui est en bonne santé,  «un essoufflement peut apparaître dès 1500 m chez  les insuffisants cardiaques  et respiratoires. Il faut alors redescendre et consulter  pour réadapter le traitement. Une sortie touristique  en téléphérique vers  les sommets est à éviter,  car la raréfaction en oxygène entraîne une accélération de la fréquence cardiaque liée  à la montée rapide: de quoi favoriser une décompensation cardiaque ou respiratoire. Enfin, si la semaine de vacances coïncide avec une grippe récente (ou une autre virose), tout effort soutenu  est proscrit, car, de façon aléatoire, une myocardite peut survenir», souligne le Dr Bussière. Dans ce cas, une bonne séance de méditation s’impose

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