Les secrets de l’équipement des hockeyeurs de l’équipe de France


LE SCAN SPORT – Par bien des aspects, le hockey sur glace est une discipline à part dans l’univers des sports collectifs. Parmi ses particularités, la grande place prise par le matériel. En compagnie de Christophe Tournier, responsable matériel de l’équipe de France, nous vous faisons découvrir ce grand chantier.

Habillé de pied en cap, le hockeyeur impressionne. Déjà mis en valeur par un physique que lui impose un sport de contacts et à l’exigence musculaire de tous les instants, ce dernier renforce son image de colosse grâce à un équipement imposant: une bonne dizaine de centimètres verticaux gagnés grâce aux patins, des épaules et un buste de bibendum grossis par les protections du haut du corps, chevilles et mains protégées par des épaisseurs de gants et de protèges tibias… C’est à se demander comment ces hommes-là parviennent à se déplacer avec autant d’agilité sur la glace une fois enfouis sous leurs kilos de matériel.

Plus que tout autre sport par équipe, ce matériel occupe une place centrale au cœur de la pratique. Quelques instants avant le match France-Canada jeudi dernier, les Bleus nous ont ouvert leur vestiaire pour mieux comprendre toutes les subtilités de ce équipement si précieux: «Le profil type du joueur de champ en partant du haut vers le bas est le suivant: le casque pour la tête, plastron et coudières pour le haut du corps. Une culotte et une coquille pour le haut des jambes, les fessiers et les parties intimes. Des jambières, des patins, une crosse et le protège-dents souvent aussi. En gros, il faut un quart d’heure à un joueur pour s’habiller», résume Christophe Tournier, le responsable matériel des Tricolores.

De 5 à 10 kilos supplémentaires pour un joueur sur la glace

Pourquoi autant de matériel? La réponse coule de source pour la plupart: la crosse pour le jeu, les patins pour patiner et le reste pour se protéger: «Sur une frappe, le palet peut toucher un joueur à plus de 140 km/h. Les chocs et chutes sont aussi très nombreux. Les protections sont telles que les joueurs ne craignent plus tout ça… même si certains ressortent avec de beaux hématomes en bloquant des tirs adverses.»

Ce qui semble être évident aujourd’hui ne l’a pas toujours été, comme l’explique Christophe Tournier: «Le casque et la visière semblent aujourd’hui naturelles pour tout le monde. Mais il faut savoir que le casque n’a été rendu obligatoire qu’il y a une trentaine d’années. La visière qui protège du palet et des crosses de l’adversaire a longtemps été facultative en France. On peut avoir l’impression que l’on parle d’un hockey d’un autre temps. Mais ça n’était qu’il y a quelques dizaines d’années.» Lorsqu’il entre sur la glace, l’équipement d’un hockeyeur pèse environ 5 kilos. Pour un gardien de but, à qui l’on rajoute quelques couches de protections supplémentaires: une mitaine et un bouclier au niveau des mains, des jambières spécifiques et plus lourdes (voir photo ci-dessus), un masque plutôt qu’un casque… le poids monte à 10 kg.

Crosses et patins fabriqués sur mesure

Passées les protections du joueur, deux éléments du matériel méritent que l’on s’attarde particulièrement sur eux: les patins et la crosse. «Ce sont les deux éléments auxquels les joueurs font le plus attention. Que ce soit la crosse ou les patins, les joueurs professionnels ont quasiment tout le temps des moules fabriqués sur mesure pour leurs pieds et leurs mains.» Contrairement à la plupart des joueurs amateurs, les joueurs de hockey professionnels se font faire leurs crosses sur mesure et, lorsqu’ils signent avec une marque, ont donc un moule individuel. Explications de Christophe Tournier: «Plusieurs facteurs entrent en compte: la taille du joueur et s’il est gaucher ou droitier. Ensuite, c’est plus technique. Vous aurez des manches plus arrondis, d’autres carrés. Des joueurs aiment quand leur crosse accroche quand d’autres voudront moins de grip dessus. Le manche a plusieurs points de flexion et les joueurs ne voudront pas l’avoir souple au même endroit. Enfin, la palette de la crosse est elle aussi personnalisée. Avec autant d’éléments qui entrent en compte, chaque joueur a forcément une crosse différente et donc un moule de fabrication différent.»

Concernant le patin, la raison de la personnalisation est plus évidente. Puisqu’il existe autant de pieds qu’il existe de hockeyeurs (le double en fait), et qu’aucun d’entre eux n’a … le même pied, la recherche du confort et la forme variera irrémédiablement. Là où le côté technique entre en compte, c’est dans l’affûtage des lames. Une fois de plus, Christophe Tournier nous éclaire sur cette tâche: «L’affûtage se fait vraiment selon la sensibilité du joueur. En équipe de France, chacun a son habitude et c’est donc à nous de nous adapter. L’affûtage se fait sur une échelle de 1 à 12. Le 1 correspondra à un affûtage très creux et qui est souvent utilisé par les gardiens de but pour bien accrocher à la glace. Plus vous montez sur cette échelle et plus l’affûtage correspondra à des joueurs rapides.»

Confort du patin, affûtage de la lame, utilisation des crosses, protections… beaucoup d’éléments entrent en ligne de compte pour le confort des joueurs. Ils justifient le rôle très important des responsables du matériel: «En ce qui me concerne, je suis toute l’année responsable du matériel équipe de France. Sur les Championnats du monde, nous sommes deux avec Jordan Nardi. Notre rôle est simple, faire en sorte que les joueurs n’aient rien d’autre à penser que le hockey et le match à venir. Le matériel ne doit pas être une préoccupation supplémentaire dans leur esprit».

Une moyenne de 2 000 € par équipement

Face à cette montagne d’équipement, une chose nous trotte dans l’esprit: le coût global. «Pour un joueur équipé entièrement, on doit être sur une moyenne de 2 000 €. Sachant qu’un joueur utilise généralement deux paires de patins par saison, et une douzaine de crosses en moyenne, le prix monte aussi. Une crosse, je ne vous dirais pas le prix exact… mais c’est une belle somme tout de même et l’investissement pour ce seul élément est conséquent. Les joueurs pros n’investissent pas leur argent. Lorsqu’ils viennent en équipe de France c’est la Fédération qui finance, lorsqu’ils sont en clubs, ce sont les clubs. Mais c’est vrai que ça peut poser des soucis. Avant de travailler en équipe de France, j’étais avec le club de Lyon. Lors de son passage de la D1 à la Ligue Magnus, le club a dû doubler son budget en matériel!»

Equipé par la fédération ou les clubs, entouré de professionnels, le joueur pro est bien accompagné pour gérer le dossier équipement d’une carrière. Le constat est malheureusement plus difficile dans les rangs amateurs: «Il ne faut pas se le cacher, le prix de l’équipement en hockey sur glace peut parfois faire peur à des personnes qui voudraient s’essayer à ce sport», conclu réaliste l’ange gardien du matériel tricolore.

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