Les indiscrétions de Trump sèment le doute chez les alliés des États-Unis


Le New York Times estime qu’Israël serait le pays à l’origine des informations classifiées divulguées par Donald Trump aux Russes. Les indiscrétions du président américain risquent de porter un coup sérieux au partage d’information à destination des États-Unis.

En n’ayant apparemment pas su tenir sa langue en présence du chef de la diplomatie russe, Donald Trump a plongé dans la consternation les milieux du renseignement, et notamment des sources d’informations cruciales à l’étranger. Il existe en effet une loi d’airain selon laquelle on ne divulgue jamais à un tiers des données confidentielles livrées par un pays ami, sans l’autorisation dudit pays allié, explique Douglas Smith, ancien secrétaire-adjoint du Département américain de la Sécurité intérieure. Quant «aux moyens et aux méthodes pour collecter des informations, elles représentent le Graal du processus de renseignement, c’est ce que vous protégez plus que tout», souligne-t-il.

Le président américain se voit reprocher d’avoir révélé au chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, lors d’un entretien il y a une semaine à la Maison Blanche, comment l’État islamique pourrait commettre un attentat en introduisant un ordinateur portable dans un avion. Cette information hautement confidentielle, obtenue d’un pays étranger, était jugée tellement sensible que les États-Unis s’étaient gardés de la partager avec y compris leurs alliés les plus proches.

«Rupture de confiance»

Pour différents experts, il s’agit d’une «rupture de confiance» difficilement réparable. «Imaginons que vous soyez mon ami et que vous me confiez un secret à la condition que je n’en parle à personne. Que ressentirez-vous si j’en parle publiquement à plein de gens?», poursuit Douglas Smith. «Eh bien appliquez cela au domaine de la sécurité nationale: que va ressentir un pays qui voit qu’une information, qu’il a probablement obtenue de façon extrêmement secrète et très difficilement, est donnée de manière cavalière à un régime étranger qui n’est pas de notre camp?», ajoute-t-il.

Donald Trump s’est employé mardi à démentir toute négligence. Les informations transmises n’ont pas mis en cause «la sécurité nationale», a minimisé le conseiller à la Sécurité nationale, le général McMaster. Mais le danger qui guette désormais les États-Unis, c’est que la défiance s’installe avec ses alliés. Au risque de voir le flux d’informations en provenance de pays amis se tarir. «Son attitude va certainement amener à réévaluer la qualité ou l’ampleur des flux de renseignements à destination des services américains. On va continuer à parler à la CIA ou à la NSA, il n’y a pas de raison que cela s’arrête, mais cela devrait poser des problèmes en termes de transmission de choses très pointues», analyse Yves Trotignon, membre du cabinet Riskeco.

Cet ancien expert antiterroriste à la DGSE française évoque un «comportement parfaitement irresponsable» du président Trump, «du jamais vu dans les annales du renseignement post-seconde Guerre mondiale». Karin Von Hippel, du centre d’étude britannique RUSI, prévoit elle «une certaine nervosité» au sein du «Five Eyes», ainsi qu’est nommée l’alliance des services de renseignement américain, australien, canadien, néo-zélandais et britannique.

Derrière Moscou, la peur de l’Iran

En plus de mettre potentiellement en danger un ou des informateurs clandestins, le bavardage de Donald Trump pourrait plus largement mettre en difficulté le pays à la source de l’information si spontanément déclassifiée. Le New York Times– tout comme le Wall Street Journal– croit savoir que le pays ami à l’origine de l’information ne serait autre qu’Israël, «l’un des plus importants alliés des États-Unis, et un important collecteur d’information au Moyen-Orient». Le quotidien new yorkais souligne que les révélations inconsidérées de Donald Trump font courir le risque à cet allié stratégique que des informations sensibles puissent être communiquées à l’Iran, pays allié de la Russie et principale menace de l’État hébreu dans la région.

Dans une interview au Jerusalem Post, l’ancien chef du Mossad, le service du renseignement israélien, Danny Yatom, a estimé mardi que si les accusations qui pèsent sur Trump sont vérifiées, ce serait une «violation grave» du protocole de partage de l’information et pourrait «porter préjudice à la source» en question -sans préciser s’il pourrait s’agir d’Israël. «Si quelqu’un donne aux États-Unis une information très sensible… il est interdit de donner cette information à une troisième partie – et surtout pas à la Russie qui a des liens avec l’Iran.»

Dès janvier 2017, le quotidien israélien Yedioth Ahronoth affirmait que les milieux du renseignement israélien étaient extrêmement inquiets que des informations classifiées transmises à l’Administration Trump ne finissent entre les mains des Russes ou des Iraniens, compte tenu des liens supposés entre le milliardaire américain et le chef du Kremlin. Selon le journal, des officiels américains craignaient alors que Vladimir Poutine ne dispose de «moyens de pression» sur Donald Trump… et s’en étaient ouverts auprès de leurs homologues israéliens.

Le risque de l’isolement

«Des pays du Moyen-Orient agissent sur le fil du rasoir, ils ne veulent pas être vus comme fournissant ouvertement des informations à des pays occidentaux car cela les placerait en défaut vis-à-vis de leur population», souligne en outre Douglas Smith. Selon cet ex-responsable du renseignement américain, Donald Trump s’est de nouveau laissé guider par son instinct, alors que la rencontre avec Serguaï Lavrov, aux confins de la diplomatie et de l’espionnage, nécessitait au contraire une grosse préparation préalable.

Les spécialistes notent que, malgré leurs satellites, leurs moyens d’écoutes et la puissance de leur réseau, les États-Unis demeurent grandement dépendants des services de renseignement extérieur pour leur sécurité. La langue bien pendue de Donald Trump risque «d’altérer la volonté des alliés et partenaires des États-Unis de partager des informations», a averti le sénateur républicain John McCain. Selon l’agence de presse Associated Press, les indiscrétions de Trump auraient déjà conduit un pays européen à envisager de réévaluer sa politique de partage d’informations avec les États-Unis.

Du fait de l’interdépendance des services, la coopération internationale sera en tout cas au minimum teintée d’embarras. «Il n’est pas évident de dire à un pays qui est un allié très proche, avec lequel les liens sont quotidiens et extrêmement étroits notamment en matière d’antiterrorisme: «Votre président n’est pas de toute confiance», affirme Yves Trotignon.

(Visited 6 times, 1 visits today)


(Next News) »



Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *