Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron : les présidents de Merkel


En accueillant lundi à Berlin Emmanuel Macron, la chancelière allemande, élue depuis presque douze ans et en lice pour un quatrième mandat, en sera à son quatrième président français.

Correspondant à Berlin

Et de quatre. En accueillant lundi à Berlin Emmanuel Macron, Angela Merkel en sera à son quatrième président français. La chancelière allemande, élue depuis presque douze ans et en lice pour un quatrième mandat, n’était, à l’origine, ni une Européenne fervente, ni une adepte du tandem franco-allemand. Ses positions étaient plus atlantistes. En 2003, elle soutenait l’intervention américaine en Irak. Ou bien, avant son élection en 2005, elle lorgnait vers la Grande-Bretagne, plus proche de ses convictions libérales. Puis elle s’est convertie aux vertus du franco-allemand. L’Allemagne refuse d’envisager seule un leadership.

Chirac-Merkel

Lorsqu’Angela Merkel est élue, en septembre 2005, Jacques Chirac approche de la fin de son second mandat et l’Europe vient de subir un coup dur: le projet de constitution a été rejeté par référendum par la France. Le 23 novembre, le lendemain de son investiture officielle par le Bundestag, elle choisit Paris comme premier déplacement international. Face au président français, elle plaide pour un «esprit de continuité» et promet de poursuivre les rencontres de Blaesheim que Jacques Chirac et Gerhard Schröder avaient instaurées en 2001 pour mettre à plat les différends entre la France et l’Allemagne. Le sommet de Nice, l’année précédente, avait conduit à une confrontation des deux pays. La nouvelle répartition des voix de chacun au sein de l’Union, au bénéfice de l’Allemagne réunifiée, pose problème à la France. Puis Chirac et Schröder étaient devenus amis même si leurs politiques avaient suivi des cours différents: en Allemagne, le chancelier a engagé le chantier de l’Agenda 2010. En France, les réformes ont été plus timides. L’Europe «pour bien fonctionner doit comporter un axe franco-allemand réellement solide», assure Jacques Chirac à Angela Merkel en novembre 2005. La chancelière n’a pas le temps d’approfondir ses liens avec Jacques Chirac, même si les images du baisemain que lui prodiguait le président resteront.

Merkel-Sarkozy

Le 16 mai 2007, aussitôt après avoir été investi président, Nicolas Sarkozy s’envole pour Berlin. Il connaît déjà Angela Merkel. Comme Ségolène Royal, il l’avait aussi rencontrée officiellement durant la campagne. En Allemagne, le nouveau chef de l’État arrive auréolé d’une réputation ambivalente. Il a irrité l’opinion publique par des propos d’estrade sur «la France qui n’a pas inventé la solution finale». Mais sa volonté d’agir séduit aussi. «En venant à Berlin dès ma prise de fonction, je n’ai pas seulement voulu accomplir un geste symbolique. J’ai voulu exprimer mon souhait que nous nous mettions tout de suite au travail», dit-il à la chancellerie. Nicolas Sarkozy veut «sortir l’Europe de la paralysie».

À peine installé, le président de la République avait rendu visite le 16 mai 2007 à Angela Merkel pour se mettre «tout de suite au travail». Crédits photo :

Après l’échec de la Constitution européenne, il a promis à ses interlocuteurs que le nouveau traité qui devra être conclu ne sera pas ratifié par référendum. L’Allemagne, qui occupe la présidence du conseil européen, est rassurée. Angela Merkel lance à son nouveau partenaire que «le miracle» de l’amitié franco-allemande permettra «de faire aller l’Europe de l’avant». Mais les relations se compliquent très vite. Quelques mois plus tard, Nicolas Sarkozy s’énerve contre le ministre des Finances allemand Peer Steinbrück qui critique les premières mesures du gouvernement. «C’est qui ce gros c…?», lance le président. Angela Merkel est elle aussi décontenancée par le comportement du chef de l’État. Elle se fait offrir des films de Louis de Funès pour mieux le comprendre… Puis survient la crise économique. Angela Merkel et Nicolas Sarkozy se retrouvent en première ligne éviter la faillite de l’euro. Le président pousse la chancelière à réagir. C’est l’heure de «Merkozy». Les deux dirigeants avancent soudés pour imposer de nouvelles règles aux Européens -le Pacte de stabilité- en échange de la solidarité allemande, poids lourd économique de l’Union.

Merkel-Hollande

En 2012, le candidat socialiste François Hollande se fait élire notamment sur une promesse: réorienter l’Europe et mettre un terme aux politiques d’austérité. Mais Angela Merkel refuse que soit mis à plat ce qui a été durement négocié durant des mois. Durant la campagne, elle refuse de le recevoir à Berlin, apportant un soutien officiel à Nicolas Sarkozy. Le 15 mai 2012, elle rencontre donc pour la première fois son nouvel interlocuteur. Tout commence mal: François Hollande est en retard car son avion a été frappé par la foudre et il a dû faire demi-tour pour changer d’appareil. Ses premiers pas sont hésitants sur le tapis rouge et Angela Merkel doit véritablement le guider.

Dans son bureau, le chef de l’État lui dit vouloir rééquilibrer la relation franco-allemande qui apparaît en Europe comme un directoire. Il veut contourner l’autorité d’Angela Merkel. La pression de l’Italie et l’Espagne la force à des concessions lors du sommet européen de juin.

Mais finalement c’est François Hollande qui renonce et qui ratifie le Pacte de stabilité, inscrivant dans le marbre la limite des 3% de déficit. La relation personnelle entre Merkel et Hollande se détend ensuite, même si les déficits budgétaires persistants de la France plombent leur coopération. Puis des événements les rapprochent. Les attentats de Paris en janvier 2015, la crise ukrainienne ensuite, où ils négocient ensemble avec Vladimir Poutine un accord. En juillet 2015, ils sont confrontés au risque d’une sortie de la Grèce de la zone euro, qui fait apparaître des divergences entre eux. Durant la crise des réfugiés, l’Allemagne se retrouve seule. À la fin du mandat de François Hollande, le déséquilibre entre la France et l’Allemagne n’a pas été résorbé. Angela Merkel apparaît comme la principale dirigeante européenne.

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