Á bord du Energy Observer, le premier bateau autonome en énergie


REPORTAGE – À quai à Paris, le catamaran de 30 mètres de long entame samedi un tour du monde sans émission de particules fines qui durera six ans. Le Figaro a pu monter à bord de ce géant des océans, digne héritier de la Calypso du commandant Cousteau, avant son odyssée hors du commun.

Sur la Seine, à l’ombre du pont des Invalides et sous la bonne garde de la tour Eiffel, un bateau hors du commun attend son heure. Amarré aux côtés des bateaux-mouches et des vedettes caractéristiques de la Seine, Energy Observer fait figure de monument. Il mesure en effet 30,5 mètres de long – soit 101 pieds, comme le nombre d’escales prévues à travers les cinq continents -, sur 12,80 mètres de large et pèse près de 30 tonnes. Samedi à 17 heures, l’ancien catamaran de légende avec lequel Sir Peter Blake remporta le trophée Jules Verne en 1994, partira faire un tour du monde.

Victorien Erussard, le capitaine du Energy Observer, à son poste de pilotage. Crédits photo: YB.

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Mais cette fois, pas question d’accomplir cet exploit le plus rapidement possible. L’objectif est plus ambitieux: faire le tour de la Terre sans émettre une seule particule fine. En tout, l’odyssée durera six ans et visitera 50 pays. Pour ce faire, l’ancien vaisseau de course a été «recomposé», selon les mots de son capitaine, Victorien Erussard. Avec le soutien technologique du CEA-Liten, le laboratoire des énergies renouvelables du Commissariat à l’énergie atomique, situé à Grenoble et Chambéry, le navire est équipé d’un «mix d’énergies renouvelables».

Marin Jarry, le co-capitaine, sur les 130m² de panneaux solaires. Crédits photo: YB.

Marin Jarry, le co-capitaine, sur les 130m² de panneaux solaires. Crédits photo: YB.

Une technologie innovante

Cinq ans de recherches et de travaux ont été nécessaires pour concevoir ce bateau unique au monde qui fonctionne en totale autonomie énergétique. 130m² de panneaux solaires ont été installés, dont la moitié se nourrit de l’énergie solaire par le dessus, et de la réverbération de l’eau par le dessous. Une technologie, là encore, unique et spécialement conçue pour l’occasion. Par ailleurs, deux éoliennes à axe vertical ont été installées, ainsi qu’une voile de kite développée par l’entreprise française Beyond the sea, créée par le navigateur Yves Parlier, qui «permettra de diminuer la dépense énergétique des moteurs», explique Marin Jarry, co-capitaine durant l’expédition.

Enfin, l’originalité de Energy Observer sera d’utiliser l’eau de mer comme principale source de stockage et de fabrication d’électricité. Après une dessalinisation de l’eau, par osmose inverse (un système de filtrage de l’eau hyper performant), les molécules du liquide seront décomposées en atomes d’oxygène et d’hydrogène, au moyen d’un électrolyseur. L’oxygène sera relâché dans l’air et l’hydrogène devrait être stocké, à haute pression (350 bars), dans des réservoirs d’une capacité totale de 62 kg (1 kg d’hydrogène permet de rouler environ 100 km avec une voiture). Inversement, l’hydrogène alimentera une pile à combustible qui produira pour moitié de la chaleur, réutilisée dans le navire, et l’autre partie sous forme d’énergie qui alimenteront les 2 moteurs à propulsion électrique. Ces derniers affichent des rendements considérables (97%, le même taux que ceux de l’avion solaire Solar Impulse).

Marin Jarry nous montre la technologie qui permet de transformer l'hydrogène en énergie. Crédits photo: YB.

Marin Jarry nous montre la technologie qui permet de transformer l’hydrogène en énergie. Crédits photo: YB.

«On connaissait déjà l’énergie solaire, les éoliennes et l’hydrogène. Des bateaux fonctionnent déjà avec une de ces énergies. Mais aucun n’avait réuni toutes ces énergies pour être à 100% autonome en énergie. C’est cela la véritable innovation», explique Victorien Erussard, officier de la marine marchande et ancien navigateur qui a porté le projet avec son ami Jérôme Delafosse, explorateur, scaphandrier professionnel et documentariste. Lui aussi officier de la marine marchande, le co-capitaine Marin Jarry indique que le Energy Observer est «la fusion de tous les défauts que l’on a vu dans notre carrière».

«Nous espérons sensibiliser les gens»

Ce projet, parrainé par le ministre de la Transition écologique et solidaire Nicolas Hulot, est le digne successeur des expéditions menées par le commandant Cousteau avec son fameux navire Calypso. «On va essayer de reprendre le flambeau», affirme avec humilité le capitaine. Et comme son illustre aîné, des projets cinématographiques auront lieu durant l’odyssée. Au total, huit films documentaires sur la transition écologique seront réalisés et diffusés sur Canal + et Planète +. Par ailleurs, un partenariat avec l’Unesco est à l’étude pour produire des contenus éducatifs à l’adresse des plus jeunes. Passionné par les nouvelles technologies, Victorien Erussard entend également réaliser des films en réalité virtuelle et des images à 360° qu’il diffusera sur internet.

Le «village» installé à côté de l'Energy Observer a pour but de sensibiliser le public aux énergies renouvelables. Crédits photo: YB.

Le «village» installé à côté de l’Energy Observer a pour but de sensibiliser le public aux énergies renouvelables. Crédits photo: YB.

Dans le «village» installé à côté du bateau, et qui suivra Energy Observer dans près de 50 étapes, des films en réalité virtuelle et une exposition explique le projet et sensibilise le public, notamment les plus jeunes. «Nous espérons être un accélérateur de la troisième révolution industrielle et sensibiliser les gens, témoigne le capitaine. Car l’énergie que nous produisons sur ce navire peut être utilisée pour des bâtiments, des quartiers, voire des villes. Cette technologie peut se développer d’ici 10 à 15 ans à très grande échelle. Tout le monde est concerné».

Le capitaine Victorien Erussard devant le «tableau de bord» qui indique en permanence l'état des batteries. Crédits photo: YB.

Le capitaine Victorien Erussard devant le «tableau de bord» qui indique en permanence l’état des batteries. Crédits photo: YB.

Au total, six cabines sont présentes à bord et ils seront huit à prendre la mer samedi soir. Le bateau peut atteindre la vitesse maximale de 12 nœuds, soit 28 km/h, mais il naviguera à une moyenne peu énergétivore de 8 nœuds. Pendant les six années de tour du monde, l’équipage devra promouvoir ces technologies dans des lieux emblématiques, dont de nombreux sites classés au Patrimoine mondial de l’Unesco, mais aussi convaincre les industriels de financer le projet et d’investir dans les énergies renouvelables. Dans les prochaines semaines, le navire effectuera un tour de France. Il stationnera d’abord à Boulogne-sur-Mer, puis Cherbourg, Nantes et Bordeaux avant de voguer vers l’Espagne.

Une des deux éoliennes en carbonne. Elles pèsent 40 kg chacune. Crédits photo: YB.

Une des deux éoliennes en carbonne. Elles pèsent 40 kg chacune. Crédits photo: YB.

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