120 jours au pouvoir, la présidence Trump assiégée


CHRONOLOGIE – Menacé de destitution, le président américain se retrouve pris dans un engrenage politico-judiciaire, qui a commencé par un appel de Vladimir Poutine le 2 mai dernier.

Correspondant à New York

Donald Trump pensait avoir trouvé la solution. Après trois mois de tâtonnements à la tête d’une Amérique plus désunie que jamais, il ne faisait qu’appliquer ses prérogatives présidentielles en décidant de limoger un serviteur décidément peu loyal, le directeur du FBI James Comey. Cette épine ôtée du pied, l’enquête sur les interférences russes durant l’élection présidentielle de 2016 finirait bien par s’étioler, permettant enfin à l’Administration Trump de se mettre au travail. L’éviction de Comey n’a pas eu les effets escomptés, déclenchant un vent de fronde, une avalanche de révélations accablantes dans la presse et amorçant un engrenage politico-judiciaire infernal, un piège fatal dont bien peu désormais jugent l’imprévisible Trump capable de s’extraire.

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● 2 mai: un appel de Vladimir Poutine

Lorsque le téléphone sonne, le 2 mai à la Maison-Blanche, Donald Trump ne s’attend sans doute guère à entendre Vladimir Poutine à l’autre bout du combiné. Les relations russo-américaines sont tombées, de son propre avis, «à leur plus bas niveau historiquement», depuis que, dans la nuit du 6 au 7 avril, une volée de missiles américains Tomahawk tirés contre une base aérienne en Syrie a fortement indisposé Moscou. Au cœur de cette démarche inhabituelle, une requête tout aussi inattendue: le président russe aurait demandé à son interlocuteur de recevoir deux émissaires, le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, et l’ambassadeur, Sergueï Kislyak. Le même jour, le président américain tweete amèrement: «Comey est la meilleure chose qui soit jamais arrivée à Hillary Clinton.»

● 3 mai: la provocation de James Comey

Le lendemain, James Comey se présente devant le Congrès pour témoigner de l’état d’avancement de l’enquête russe. Revenant sur les événements de l’année précédente et sa décision de rouvrir les investigations concernant Hillary Clinton, à onze jours du scrutin, il confesse «se sentir légèrement nauséeux à l’idée que nous ayons pu avoir un quelconque impact sur l’élection».

James Comey, l’ex-directeur du FBI? devant le Congrès le 3 mai dernier. Crédits photo :

● 5 mai: les imprudences de Michael Flynn

Le 5 mai, le Washington Postrapporte que Michael Flynn, ex-conseiller à la sécurité nationale, a été averti par l’équipe de transition présidentielle de Trump juste après sa victoire du 8 novembre 2016, que l’ambassadeur russe Sergueï Kislyak était probablement mis sur écoute. Flynn, semble-t-il, n’en a absolument pas tenu compte et a conversé avec lui à cinq reprises, le 29 décembre.

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● 8 mai: l’avertissement de Sally Yates

Le 8 mai, c’est au tour de Sally Yates, ex-ministre de la Justice par intérim limogée par Donald Trump, de témoigner sous serment devant le Congrès. Aux élus stupéfaits, elle raconte avoir averti solennellement, et par trois fois, l’Administration Trump contre la nomination de Michael Flynn au poste de conseiller à la sécurité nationale, du fait de ses allégeances à la Russie et à la Turquie. Exactement comme le fit Barack Obama, en vain. Flynn ne sera limogé que dix-huit jours plus tard, le 13 février. «L’histoire de la collusion Russie-Trump est un canular total», tweete le président.

● 9 mai: l’éviction de James Comey

Le couperet tombe le 9 mai: James Comey est limogé de la direction du FBI. «Bien que j’aie grandement apprécié que vous m’ayez informé, en trois occasions distinctes, que je n’étais pas moi-même visé par une enquête, lui écrit Trump, je rejoins néanmoins le jugement du ministère de la Justice selon lequel vous n’êtes pas en mesure de diriger efficacement le Bureau.» Mais Comey se trouve en visite dans les locaux du FBI à Los Angeles. Interrompu par des collaborateurs à la mine sombre, il apprend la confirmation de son limogeage devant un écran de télévision.

En guise de justification, la présidence divulgue les mémorandums signés par le ministre de la Justice, Jeff Sessions, et son numéro deux, Rod Rosenstein, qui reprochent à Comey d’avoir eu la main trop lourde contre Hillary Clinton et sa messagerie privée. Un Rosenstein livide, furieux d’avoir ainsi été instrumentalisé, menace de démissionner si la vérité n’est pas rétablie: Trump trouvait Comey trop «indulgent» envers Clinton et avait demandé à Rosenstein de préparer contre lui un réquisitoire la semaine précédente.

● 10 mai: les indiscrétions de Donald Trump

Le lendemain, les médias, humant l’odeur du sang, promeuvent une autre thèse: Comey a sauté car l’enquête russe exaspère Donald Trump. Son refus d’accréditer la thèse selon laquelle Barack Obama aurait placé son successeur sur écoute n’a rien arrangé. Ce 10 mai, Donald Trump accueille les deux émissaires de Vladimir Poutine, dans le Bureau ovale. Au menu, la Syrie et les risques d’attentats aériens à l’aide d’ordinateurs piégés. Trump ne peut s’empêcher de louer «l’excellence des renseignements» dont il dispose. Il révèle à ses invités russes la nationalité – israélienne – de la source infiltrée au sein de l’État islamique, et sa localisation, à Mossoul (Irak).

Les fuites à la presse sont immédiates, lancées par des collaborateurs interdits devant tant d’amateurisme. La Maison-Blanche est devenue un panier percé qu’alimentent la paranoïa présidentielle grandissante et les frustrations de collaborateurs morigénés pour leur incompétence. À l’instar du controversé porte-parole Sean Spicer et de sa remplaçante, Sarah Huckabee Sanders, selon laquelle «le gros des troupes du FBI avait perdu confiance en leur directeur», ce que le chef par intérim du Bureau fédéral, Andrew McCabe, contestera formellement le lendemain.

● 10 mai: le désaveu d’Andrew McCabe

Le même soir, sur NBC, Trump admet que l’enquête russe «a joué un rôle» dans l’éviction de Comey, contredisant les dénégations officielles de ses subordonnés. Il assure que Comey aurait sollicité un dîner «afin de sauver son job». Ce boniment déclenche une réaction en chaîne incontrôlable. Des collaborateurs du directeur déchu ripostent, arguant que Trump est celui qui a lancé l’invitation à dîner, se permettant ce soir-là d’exiger la «loyauté» de Comey.

Un tweet matinal, le 12 mai, aggrave le cas du président: «Comey ferait bien d’espérer qu’il n’y a pas d’enregistrements de nos conversations.» L’allusion aux écoutes qui perdirent Richard Nixon durant l’enquête sur le Watergate est confondante. Le milliardaire new-yorkais vient-il de se tirer une balle dans le pied, en indiquant aux enquêteurs du FBI et du Congrès où chercher?

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● 15 mai: obstruction de justice

Le calvaire de Donald Trump ne fait que commencer: les 15 et 16 mai, le Washington Post et le New York Times lancent trois nouveaux pavés dans la mare, révélant les indiscrétions fatales de Trump avec ses invités russes, la compromission d’une opération israélienne à Mossoul et un autre affront, plus gravissime encore, envers Comey. «Laissez donc Flynn tranquille, c’est un bon gars», aurait suggéré le président le 14 février, incitant Comey à consigner par écrit cette tentative d’obstruction de justice. Qui pourrait ouvrir la voie dans un avenir indéterminé à une procédure de destitution.

17 mai: l’hallali au Congrès?

La coupe est pleine pour le Congrès, où républicains et démocrates mêlés exigent de voir les notes écrites de Comey et conduisent Rosenstein, le 17 mai, à nommer un procureur spécial et indépendant, Robert Mueller, ex-directeur du FBI, pour mener l’enquête sur les liens entre la Russie et le clan Trump. Le président américain s’est envolé vendredi pour un périple international de huit jours. Loin de Washington, où débute pourtant une nouvelle semaine de tous les dangers: l’incorruptible James Comey, libre de sa parole, est convié à témoigner devant le Congrès mercredi 24 mai. Tenant à sa merci un président apprenti sorcier, de plus en plus isolé, qui pensait pourtant bien faire en le débarquant quinze jours auparavant. L’hallali?

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